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14.01.2009

Moscou ouvre le robinet du gaz, Kiev le bouche

5606-717105.jpg" Assurez le transit […] pour approvisionner les Balkans, la Turquie et la Moldavie. Exécutez l’ordre ! " lançait hier le dispatcher en chef de Gazprom, dans une de ces mises en scène télévisées devenues l’une des clés de cette «guerre» du gaz. Cinq heures plus tard, Gazprom annonçait pourtant que l’Ukraine empêchait la sortie du gaz à l’exportation… Peu après, Kiev confirmait le nouveau blocage, "à cause de conditions de transit inacceptables imposées par Gazprom ", justifiait Valentin Zemlianksi, porte-parole de Naftogaz.

La Russie se livre à un " chantage" pour faire plier l’Ukraine, dénonçait hier soir le président Viktor Iouchtchenko, sans apporter de nouveaux éléments concrets. " C’est plutôt l’Ukraine qui se livre à un chantage sur la Russie, mais aussi sur l’Union européenne, décrypte Natalia Miltchakova, analyste de la banque russe Otkrytie. L’Ukraine veut payer son gaz moins cher, ou même le voler, et exige le soutien de Bruxelles. Elle profite du fait qu’en cas de conflit, c’est toujours le fournisseur, Gazprom, qui est montré du doigt, et non l’intermédiaire, le pays de transit. Les Européens ont pris trop de gants avec l’Ukraine, qui se comporte en parfaite égoïste."

Prise en étau par les pressions conjuguées de la Russie et de l’Europe, l’Ukraine avait accepté lundi un accord sur le transit qui lui était très défavorable. Il prévoyait des observateurs russes et européens pour surveiller qu’elle assure bien le transit du gaz russe. En réglant ainsi la question du transit, et la mettant sous «tutelle» russo-européenne, Kiev était privé de son principal levier de négociations pour réclamer des prix privilégiés à son fournisseur russe. Grâce à l’arme du transit, Kiev avait obtenu l’an dernier de ne payer que 179 dollars (135 euros) les 1 000 mètres cubes de gaz russe, quand les prix mondiaux approchaient les 500 dollars. Gazprom veut maintenant imposer à l’Ukraine un prix de 450 dollars. Kiev rétorque que son économie, déjà touchée par la crise, ne pourrait guère supporter plus de 200 dollars les 1 000 mètres cubes.

Une entente russo ukrainienne serait aussi profitable à Kiev

" En concluant un accord sur le seul transit, l’Ukraine s’est privée de son levier d’influence sur la Russie, explique Valeri Nesterov, analyste chez Troïka Dialog. Mais elle devrait comprendre qu’elle dépend de la Russie qui peut être source pour elle d’énormes ressources." L’accord sur le transit arraché à Kiev n’a pas établi le prix des livraisons et donc pas réglé le cœur du problème ukrainien. Quant à l’Union européenne, elle reste privée de gaz russe et de plus en plus entraînée au cœur de la bagarre russo-ukrainienne, qui semble largement la dépasser.

Résultat, les compagnies européennes pourraient entamer des poursuites judicaires à l'encontre de Moscou ( ?) et de Kiev en raison de la suspension des livraisons de gaz vers l'Europe, a mis en garde mercredi le président de la Commission européenne José Manuel Barroso." Si l'accord conclu sous l'égide de l'UE n'est pas respecté, la Commission conseillera aux compagnies de l'UE de porter cette affaire devant les tribunaux" a t-il déclaré.

 

 

Source: LIBERATION

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