28.02.2009
Un vent de guerre froide souffle sur l'Arctique
Et c'est le gouvernement canadien qui semble attiser ce vent.
Nous en parlions hier vendredi, deux avions de chasse à feuille d'érable avaient intercepté le 18 février un bombardier à étoile rouge à la limite de l'espace aérien canadien. pour l'anecdote, ça se passait la veille de la visite de Barack Obama chez son voisin du nord. Depuis 2007, ce genre d'interceptions par les forces armées canadiennes a eu lieu une vingtaine de fois et l'affaire aurait pu rester là. Las, le ministre de la défense Peter MacKay ( photo) a une semaine plus tard ressorti l'affaire.
Cette fois-ci, c'est le permier ministre canadien Stephen Harper qui s'y colle. Il a réagi en disant avoir déjà exprimé à plusieurs reprises la " profonde préoccupation " de son gouvernement " face aux actions russes de plus en plus agressives à travers le monde et aux intrusions dans l'espace " canadien. " Nous défendrons notre espace et notre souveraineté et nous répondrons chaque fois qu'il y aura des intrusions russes concernant la souveraineté de l'Arctique canadien ", a-t-il ajouté pendant une conférence de presse.
M. MacKay a indiqué avoir demandé aux autorités russes d'être informé à l'avance des patrouilles russes, mais sans succès." Je ne vais pas accuser les Russes d'avoir fait cela délibérément pendant une visite présidentielle, mais c'est une forte coïncidence ", a t-il ajouté.
La Russie a confirmé l'existence d'une patrouille aérienne le 18 février, mais affirmé que l'appareil, un Tupolev 160, accomplissait sa mission dans le respect des règles internationales.
Les déclarations de M. MacKay " suscitent la perplexité et ne peuvent être qualifiées autrement que de farce ", compte-tenu du fait que l'avion n'a violé l'espace aérien d'aucun pays, a déclaré Vladimir Dirk, un adjoint du chef d'état-major russe,à l'agende de presse RIA Novosti.
" Les déclarations du ministre canadien de la Défense sur les vols de notre aviation stratégique sont parfaitement incompréhensibles... Le Tu-160 accomplissait sa mission dans le respect des règles internationales, dans le cadre d'une patrouille aérienne. Ce vol était prévu et l'équipage a agi dans le strict cadre des règles internationales. Les pays à proximité desquels passait l'itinéraire en avaient été avertis, comme il se devait. Les avions n'ont pas violé l'espace aérien d'autres pays. Aussi les déclarations du ministère canadien de la Défense ne peuvent que rendre perplexe et ressemblent plutôt à une mauvaise plaisanterie".
Bear ou Blackjack ?
Ce qui donne un côté étrange à l'affaire, c'est que Canadiens et Russes non seulement ne sont pas d'accord sur l'interprétation de cette histoire, on s'en doutait un peu, mais également sur le modèle et le nombre de bombardiers incriminés. Vendredi, la defense canadienne et les responsable du Norad, le système de défense nord américain affirment qu'un second avion russe était impliqué dans l'incident. Les deux appareils ont été identifiés comme étant des bombardiers à turbopropulseurs Tupolev Tu-95, dont le nom de code Otan est "Bear". Vladimir Dirk, avait indiqué de son côté un modèle différent de Tupolev parlant de Tu 160, nom de code Otan " Blackjack", ce qui n'est pas vraiment le même avion quand on compare le premier ici et le second modèle par ici
Quoi qu'il en soit et ce qui explique l'extrême irritabilité d'Ottawa, c'est que le gouvernement conservateur de M. Harper a fait de la souveraineté dans l'Arctique un de ses chevaux de bataille. Il avait annoncé l'an dernier un certain nombre de mesures dans ce sens, dont un renforcement de sa présence militaire avec le construction de huit nouveaux navires de guerre, la création d'un port en eau profonde et d'une station de recherche arctique.
Convoités par les cinq pays riverains (Etats-Unis, Russie, Canada, Norvège et Danemark), les fonds sous-marins de l'Arctique pourraient receler 13% des réserves de pétrole et 30% des réserves de gaz naturel non découvertes de la planète, selon les services géologiques des États-Unis.
Le gouvernement canadien a déposé le mois dernier un projet de loi visant à étendre à 100 à 200 milles son contrôle sur les eaux arctiques.
Le Canada estime en outre détenir la souveraineté sur le Passage du Nord-Ouest - qui relie l'Atlantique au Pacifique par le nord -, alors que d'autres pays dont les Etats-Unis considèrent ce passage comme une voie de navigation internationale.
NB: pour voir la version canadienne de l'affaire en video, c'est ici
14:18 Publié dans Géopolitique, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://amitiefranco-russe.hautetfort.com/trackback/2072481
Ecrire un commentaire