02.04.2009
Gogol à l'origine de nouvelles querelles russo-ukrainiennes

Au départ on ne voulait pas en parler sur ce blog, car nous pensions que c’était encore une polémique stérile entre deux frères slaves. Mais vu la proportion que ça prend, nous sommes bien obligés d’en dire au moins un mot.
Il y a de l’eau dans le gaz dans les relations russo-ukrainiennes, ça ce n'est pas nouveau. Mais cette fois, la pomme de discorde ce n’est pas le gaz justement, ni la base navale de Sébastopol. Ni le souhait du président ukrainien d'intégrer l'Otan. Non, le grand responsable s'appelle Gogol. Soit Nicolaï Vassilievitch Gogol ( Николай Васильевич Гоголь ) pour les Russes, soit Mykola Vassyliovytch Hohol ( Микола Васильович Гоголь ) pour les Ukrainiens. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains de l'histoire russe. Russe ? C'est toute la question. A l'occasion du bicentenaire de sa naissance, Ukraine et Russie revendiquent chacune pour elle-même son héritage.
Le problème est que l'auteur des Âmes mortes est né dans les deux pays à la fois puisqu'en 1809 l'Ukraine était province russe. Quelle est sa vraie nationalité ? Dans la mesure où, jusqu'à l'âge de 19 ans, il n'a connu que la campagne ukrainienne, pour les Ukrainiens, pas de doute, il est des leurs. Les Russes ont beau jeu d'ajouter qu'il a passé la plus grande partie de sa vie ailleurs, notamment à Saint-Pétersbourg et qu'il est enterré à Moscou. Mais l'argument décisif est bien entendu celui de la langue: c'est en russe que Gogol écrivait.
Pensait-il pour autant en russe? A en croire Vladimir Yavorivsky, romancier et parlementaire ukrainien, "il n'y a pas que la langue qui compte, mais aussi les thèmes, les sujets abordés. Les écrits de Gogol sont remplis de l'imaginaire et de la pensée issus des chansons et du folklore ukrainiens." On ne s'en sort donc pas.
En cette année de commémoration, la Russie a inauguré son premier musée Gogol et a adapté pour la télévision nationale Tarass Boulba, un des romans de l'écrivain. L'Ukraine a répliqué par l'organisation d'un festival dans sa région natale de Poltava. Et à Kiev des librairies vendent désormais des traductions ukrainiennes de ses œuvres, dans lesquelles «la grande Russie» a été supplantée par la «grande Ukraine»...
"Nicolas Gogol est un grand Ukrainien, même si son oeuvre ne connaît pas de frontière ", a déclaré le président ukrainien Viktor Iouchtchenko en visite dans la région de Poltava, où en 1809 Gogol naquit. Vladimir Poutine, de son côté a défini Gogol comme "un écrivain russe éminent qui unit de manière indissoluble deux peuples frères avec son œuvre ". Ce serait déjà bien si les discours pouvaient en rester là.
Pugilat puéril ? Un brun absurde surtout. C'est un peu comme si l’Autriche et la Tchéquie se disputaient Kafka ou Rilke. Pour Vladimir Yavorivsky, "diviser Gogol, c'est comme essayer de diviser l'air, l'éternité ou le ciel. Il a été à la fois un grand écrivain russe et un grand écrivain ukrainien." Et de le comparer à un arbre, dont "le feuillage est en Russie, mais les racines en Ukraine ".
14:21 Publié dans International, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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