19.06.2009

Les BRIC, une alternative non crédible au G7

Bric.jpgOn imaginait la réunion comme un Versailles, un Yalta, les grands se répartissant le monde, ou comme Roosevelt et Ibn Saoud scellant leur accord pétrolier à bord du croiseur « Quincy » en 1945. Et puis non, rien, un sommet sans résultat qui aura surtout souligné les divergences. L'histoire n'était pas au rendez-vous.

 

Mardi 16 juin, pour la première fois, Lula da Silva, Dimitri Medvedev, Manmohan Singh et Hu Jintao se retrouvaient, à Iekaterinbourg, dans l'Oural. Brésil, Russie, Inde, Chine, premier sommet des BRIC : 22 % du PIB mondial, 40 % de sa population. L'acronyme BRIC a été inventé par Jim O'Neill, économiste en chef de Goldman Sachs, en 2003, après avoir calculé que les économies réunies de ces quatre « émergents » devraient égaler en 2040 celles des vieilles puissances du G6 : Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie.

Les Russes, toujours modestes, avaient qualifié d'avance Iekaterinbourg de nouvel « épicentre du monde ». On devait y assister au début de la grande bascule géopolitique du XXIe siècle. Les calculs de PIB n'ont pas tort d'annoncer le nouveau monde qui se dessine, avec l'affaiblissement de la suprématie américaine, l'effacement européen et le rattachement du Japon à l'Asie, nouvelle région de puissance sous domination chinoise. Chacun des BRIC a raison de vouloir dire son mot sur le nouvel ordre mondial, sur la crise, sur le commerce, sur l'environnement, sur la sécurité alimentaire. Si les quatre parvenaient à le dire de façon unie, leur voix porterait face à l'Amérique et à son allié européen. Les membres du BRIC sont d'accord : les Etats-Unis ne doivent plus dominer le monde comme avant, à commencer par leur système financier, qui a fait faillite. "Ce qui nous unit, résumait le négociateur brésilien, est notre volonté commune de changement de la gouvernance mondiale. "

 

Le billet vert restera une monnaie de référence pour longtemps

 

Un sujet central était à l'ordre du jour : le dollar, à la fois outil et symbole de l'hyperpuissance étatsunienne. Les croissants déficits américains mettent en péril les réserves de ces pays, pour l'essentiel libellées en billets verts. Les autorités chinoises, russes et brésiliennes ont dit ces derniers mois vouloir s'éloigner du dollar et commencer à utiliser leur propre monnaie dans leurs échanges bilatéraux. Pékin a reparlé des DTS (droits de tirage spéciaux) du FMI. Moscou a proposé que chacun des quatre achète des obligations d'Etat des trois autres.

Les marchés financiers scrutaient le sommet avec beaucoup d'intérêt. Mais du dollar il n'est pas question dans le communiqué final. Les  Russes, trop empressés et le caractère prématuré des propositions (aucune des monnaies de ces quatre pays n'est convertible !) ont fait remonter les divergences économiques et stratégiques de fond. Les quatre forment un "BRIC-à-brac ", comme le note justement Andrew Weiss sur le site de Foreign Policy. Chine et Inde, puissances démographiques, veulent des prix de matières premières aussi bas que possible. Russie et Brésil, producteurs, veulent l'inverse. La veille du sommet, Pékin a annoncé prêter à nouveau 10 milliards de dollars aux pays de l'ex-URSS en Asie centrale pour sécuriser ses achats de pétrole et de gaz sans passer par Moscou.

 

MM. Singh et Lula ont pour priorité de préserver leur économie, d'attirer des investisseurs et des technologies, et de ne pas se lancer dans des croisades contre Washington. L'Inde a en outre besoin des Etats-Unis face au Pakistan. Les Chinois veulent aussi privilégier leur relation bilatérale avec l'administration Obama, ils sont plus attachés au G2 qu'au BRIC. Seuls les Russes raisonnent en termes impériaux et tiennent des propos acrimonieux, mais ce vieux pays, où l'espérance de vie s'effondre et où l'économie ne se diversifie pas, n'a en vérité pas sa place à côté des autres.

 

Il ne faut pas en tirer comme conclusion que l'Europe peut se rendormir et l'Amérique se rassurer, son dollar promis à un avenir radieux. Les Etats-Unis continueront d'être dominants pour longtemps, mais avec une faiblesse monétaire préoccupante, le dollar sera de plus en plus contesté. L'échec de la réunion de Iekaterinbourg montre que le nouveau monde ne sera pas la substitution d'une suprématie par une autre, les pouvoirs seront partagés, imbriqués de façon plus complexe, plus mouvante. Quant aux monnaies, mieux vaut sans doute se faire à l'idée d'un vrai désordre, imprévisible et durable.

 

 

 

SOURCE: LES ECHOS

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