13.08.2009
Les demoiselles, un genre en danger

Pour mettre fin aux discrimination sexuelles supposées que les appellations « Madame », ou « Mademoiselle » induiraient, les dirigeants de la Russie ont conduit au cours de l’histoire récente du pays de vastes expériences, pouvant servir d’exemple à tous les politiciens qui pour une raison ou une autre pourraient être tentés d’imposer la même chose à leurs concitoyens. Notamment parmi les députés européens qui cherchent à promouvoir une appellation unisexe pour tous leurs collègues de Strasbourg.
Au temps des tsars, tout était clair et simple : les femmes d’un certain âge étaient appelées soudarinya, les jeunes femmes barichnya. Mais après la révolution socialiste de 1917, de telles marques étaient considérées comme bourgeoises et par la même sujette à une totale éradication. Les bolchéviks ont instauré leur propre appellation générale et unisexe : tovaritch. Cela convenait à toutes les situations et pouvait être mis à toutes les sauces : camarade étudiant, camarade employé, camarade directeur, etc.. Dans un film populaire de l’époque soviétique, le responsable d’un camp d’été de jeunes pionniers s’adresse à son auditoire en commençants par "camarades enfants ! ". Cela finissait par confiner à la caricature.
A la fin des années 1980 une autre révolution se déroule en Russie. Heureusement celle-ci se passa sans effusion de sang ou presque. Mais elle n’en fut pas moins fondamentale : elle fut appelée Perestroïka. Cette fois-ci ceux qui en eurent à souffrir furent les « camarades » autant au sens littéral ( membres du parti communiste) qu’au sens figuré. L’usage du mot camarade fut alors con sidéré comme une forme de l’oppression communiste. Les Russes ne cherchaient plus à être des camarades politiquement corrects. Ils voulaient être des hommes, des femmes , des «nouveaux russes» et Dieu sait quoi. À propos, le terme de «nouveaux russes» a été inventé par Kommersant, le fameux quotidien économique, crée dès la première vague de la perestroïka.
Kommersant a aussi essayé d'instiller chez les citoyens russes, maintenant dans l’embarras à trouver une appellation adéquate, une affection pour le mot gospodine (l'équivalent russe selon le contexte, de «Seigneur», «Maître» ou «Monsieur»). Cela semblait parfois absurde. Par exemple, à l’occasion d’un crime relaté dans la presse: "M. Ivanov a fendu son compagnon de beuverie, M. Petrov, avec une hache." D'autre part, le mot gospodin est devenu entièrement naturel parmi les banquiers russes, les financiers et les cadres supérieurs - les membres de la nouvelle classe affaires qui a grandi dans le sillage de la perestroïka. Mais ce mot n'a jamais pris chez la plupart des Russes des autres classes. Par exemple, le Président de la Russie ne s’adresserait jamais à ses concitoyens au début d’un discours sur l'état de la nation en commençant par "mesdames et messieurs " mais plutôt par le terme "citoyens respectés de la Russie." Boris Eltsine, lui, préférait le terme : "chers russes. "
Ainsi tandis que nous semblons débarrassés de l’appellation «camarade», nous devons encore devenir des "mesdames et messieurs". Dans la rue, la situation est encore plus ardue. Si vous devez poser une question à un étranger, vous avez immédiatement le problème de la façon dont il faut les appeler. Bien sûr, on peut toujours recourir aux formes impersonnelles, telles que : "excusez-moi, pourriez-vous, dites-moi s'il vous plaît …" Mais s'il y a plusieurs personnes et vous devez obtenir l'attention de l’une d'entre elles, tout devient incroyablement compliqué. Voire désagréable. Parce que dans ce cas, dans la langue russe d’aujourd'hui, votre seul choix pour vous adresser à cette personne est moujtchina (l'homme) dans un cas ou jentchchina (la femme) dans l’autre. Des manières de s'adresser raisonnablement neutres, mais qui paraissent franchement affreuses. Pourtant pourriez-vous faire autrement ?
Il y a aussi le mot devotchka (la fille), utilisé en s’adressant à quelqu’un semble aux russes légèrement moins de mauvais goût. C'est pourquoi devotchka est souvent utilisé en ce qui concerne les serveuses et les vendeuses, même quand ces serveuses et ces vendeuses ont pratiquement l'âge de la retraite.
Les termes Soudarinya et barichnya utilisés avant la révolution semblent terriblement démodés aujourd'hui. Pourtant nous n'avons pas réussi à inventer quoi que ce soit de mieux - évidemment, ces temps derniers nous avons été très occupés par d'autres affaires.
Quant à ceux qui voudraient remettre en cause les appellations « Madame » et « Mademoiselle » au sein du Parlement européen, ils devront remarquer attentivement que l'opinion d'un député est insuffisante pour trancher un tel cas. Pour ça, il faut au moins une révolution.
Source: RUSSIA BEYOND THE HEADLINES
11:14 Publié dans Civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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