14.08.2009

L'armée russe toujours sur le qui-vive face à la Géorgie

gori-getty-82360760.jpgUn an après la Guerre du Caucase, la Russie surveille de près son turbulent voisin méridional, comme le prouve cet article paru le 8 août 2009 dans Krasnaïa Zvezda, (l’Etoile rouge) le journal des forces armées russes. Les responsabilités y sont claires et Moscou continue de se préparer au pire, au cas où.

(...) A la lecture de documents militaires géorgiens saisis durant les opérations, confirmant les données des services de renseignements, aucun doute ne subsiste quant à la source de l’agression contre le peuple d’Ossétie du Sud. Tous ces documents récupérés prouvent que la préparation de l'offensive de Tbilissi remonte à mars 2005. Les cartes, les schémas et les ordres aux unités envisageaient différentes versions d’une attaque possible soit contre l’Abkhazie, soit contre l’Ossétie du Sud. Dans les documents militaires saisis, conçus selon les normes de l’Otan et portant la mention «secret défense», il était dit que des groupes opérationnels de l’armée géorgienne devaient, en soixante-douze heures, occuper les territoires de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud pour y restaurer la juridiction géorgienne.

Sur les cartes, les forces russes de maintien de la paix étaient indiquées comme des cibles prioritaires pour les frappes d’artillerie. La population locale était également désignée sur les schémas par des symboles de couleur rouge. Au sein de l'Otan, c’est ainsi que l’on détermine l’ennemi. Les tirs sur Tskhinvali ont été effectués avec des armes sans aucune précision : l’artillerie géorgienne a utilisé des obusiers de 152 mm et des armes de saturation comme les systèmes de lance-roquettes multiples BM-21 Grad. "Parmi les cibles se trouvaient non seulement des unités de la défense ossète, mais aussi les soldats russes de maintien de la paix, le siège du gouvernement de la république, le centre de la télévision de Tskhinvali et la base du bataillon russe de maintien de la paix ", rappelle le général Nogovitsyne, chef d’état-major adjoint des forces armées de la Fédération de Russie. Pendant l’opération de riposte pour contraindre la Géorgie à la paix, l’armée russe a perdu 64 hommes, dont 15 membres de la JPFK [la force de maintien de la paix en Ossétie du Sud], tués pendant l’offensive géorgienne. "Il a été établi que, du côté géorgien, les Su-25 avaient été affublés de marquages russes ", poursuit le général Nogovitsyne. "Ces avions géorgiens ont été utilisés à deux reprises, le 8 août, pour bombarder des colonnes de réfugiés qui quittaient Tskhinvali, et le 9 août pour attaquer une colonne de militaires russes qui descendaient vers la capitale ossète. Par la suite, les dirigeants géorgiens ont assuré que ces actions avaient été commises par les Russes."

La communauté internationale doit désigner clairement  la Géorgie comme l’agresseur

 

Même un an après ces événements tragiques, certaines organisations internationales ne parviennent toujours pas à décider qui est le coupable de cette agression contre le peuple d’Ossétie du Sud. Plusieurs pays font encore montre d’une grande prudence et préfèrent garder le silence sur le passé. La Russie attend de la mission de l’Union européenne, à l’œuvre actuellement, une analyse objective de cette "guerre de cinq jours ". Reste à savoir si cela aboutira à une condamnation des coupables. Selon le GRU, le service du renseignement militaire russe, il est important de désigner publiquement l’agresseur : les documents présentés par la mission européenne et dont dispose la partie russe l'établissent avec une certitude absolue. Mais les sanctions qu’il faut infliger au coupable sont tout aussi essentielles.

 

Si la Géorgie est clairement dénoncée comme l’agresseur par la communauté internationale, cela devrait, pour Anatoli Nogovitsyne, entraîner des sanctions, des limitations, mais surtout l’arrêt des livraisons d’armes à Tbilissi. Sans cela, le régime de Saakachvili aura toute liberté de poursuivre ses provocations et de se laisser tenter par l’aventurisme militaire et politique. La situation en Abkhazie et en Ossétie du Sud reste par conséquent tendue, tension favorisée par l’accroissement extrêmement rapide du potentiel militaire de l’armée géorgienne.

"On ne peut pas dire que l’atmosphère dans la région soit à l'apaisement ", constate le général Nogovitsyne. "Le but des provocations géorgiennes, vis-à-vis des membres du contingent russe et des forces abkhazes et ossètes est de discréditer la partie russe et de déstabiliser la situation dans la région." Plus de soixante-dix provocations auraient été constatées du côté géorgien envers l’Ossétie du Sud, et plus d’une cinquantaine vis-à-vis de l’Abkhazie. "Nous suivons l’évolution de l’armée de la république de Géorgie. Il est clair que son potentiel est revenu à son niveau précédent. Dans certains domaines, il a même augmenté ", affirme-t-il. Les autorités russes ne voient pas la nécessité de renforcer le contingent déployé en Ossétie. D’après les estimations des experts russes, l’armée géorgienne n’est pas pour l’heure en mesure de déclencher un conflit semblable à celui de l’année dernière. Toutefois, Anatoli Nogovitsyne n’exclut pas que la Géorgie tente à nouveau de “rétablir le droit constitutionnel”. Dans ce cas, la riposte russe sera adéquate. "Nous avons beaucoup appris des événements d’août 2008, conclut le général. Il est important de ne pas répéter les mêmes erreurs aujourd’hui."

 

 

 

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