15.08.2009

Vladislav Sourkov, l'homme qui fait jaser le tout- Moscou

10741.jpgGrande figure de l’ombre au Kremlin, il ne parle presque jamais en public. Mais sous pseudonyme, Vladislav Sourkov aurait décidé de se lancer dans une carrière d’écrivain. Et de sortir quelques vérités.

Près de zéro, la brève nouvelle dont le tout Moscou politique parle depuis trois jours, met en scène un éditeur qui demande un jour à un poète d’écrire des vers en faveur d’un gouverneur régional puis tente le lendemain de soudoyer une journaliste d’opposition. Des pratiques réputées courantes dans la vie politique russe, alors que Dmitri Medvedev a officiellement fait de la lutte contre la corruption sa priorité.

"Dénoncer la corruption est devenu à la mode! Il ne fait pas de doute que Sourkov est l’auteur de ce roman, assure Alexeï Venediktov, journaliste indépendant et rédacteur en chef de la radio. Par le passé, j’ai beaucoup discuté avec Sourkov. On retrouve plusieurs de ses idées dans cet ouvrage, notamment son dégoût pour l’intelligentsia qui critique le pays. En rédigeant ce livre, il a peut-être essayé de sortir de sa niche de cardinal gris."
Car Vladislav Sourkov, dont le dernier point de presse avec des journalistes étrangers date de 2006, est avant tout un homme de coulisses. Directeur adjoint de l’administration présidentielle depuis dix ans, il est considéré comme l’un des puissants stratèges sous Vladimir Poutine puis Dmitri Medvedev. C’est notamment lui qui aurait créé les bases de la «démocratie souveraine». Un concept élaboré pour fonder un Etat fort et contrer les critiques occidentales qui dénoncent les défaillances démocratiques russes.

Les conditions de publication de Près de zéro sont cependant étranges. Officiellement, l’auteur s’appelle Natan Dubovitsky. Un nom proche de celui de la deuxième femme de Vladislav Sourkov. "J’ai reçu le texte par courriel, sans la signature de Sourkov. La nouvelle m’a tout de suite plu. J’ai pensé l’utiliser pour lancer notre nouvelle collection de livres ", raconte Andreï Kolesnikov, journaliste politique et directeur de la revue Russky Pioner. Il affirme ne pas savoir qui est le véritable auteur, même s’il avoue soupçonner Vladislav Sourkov.

Nombreuses bizarreries

"Russky Pioner travaille en fait pour le Kremlin…» soupçonne Alexeï Venediktov. Hasard ou non, cette revue a récemment publié des textes de personnalités politiques, notamment de Vladimir Poutine ( voir la note du 27/05 ); elle a également invité Vladislav Sourkov à l’un de ses événements. Autre fait étrange: le courriel est arrivé à la fin juin et la nouvelle a été publiée à 10.000 exemplaires dès la mi-juillet – un délai record.

Passé alors inaperçu, le livre est désormais en rupture de stock dans les grandes librairies moscovites. Grâce à une fuite dans un journal, il a suscité la polémique. Dernière bizarrerie: après avoir démenti la participation de Vladislav Sourkov à cet ouvrage, le Kremlin s’est ensuite contenté de refuser de commenter. "Ils aiment brouiller les pistes…" s’amuse Alexeï Venediktov.

 

Source: LA TRIBUNE DE GENEVE

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