20.08.2009

L'intellectuel musulman face au drame tchétchène

390px-Evstafiev-chechnya-prayer3.jpgUn point de vue rarement entendu à propos du conflit tchétchène, celui des musulmans de France. Cela vaut le coup d'être lu, ne serait ce que pour les référencesà Alexandre Soljénytsine considéré à juste titre par l'auteur de cet article comme l'archétype de l'intellectuel qui a mis sa peau au bout de ses idées.

 

 

 

- Dans cet article, nous essaierons de dégager, à partir des idées de Soljenitsyne, ce qui doit être la vocation d’un intellectuel, et nous finirons par dégager ce qui doit être la ligne de conduite de l’intellectuel musulman.

Selon les autorités Russes, la guerre de Tchétchénie est terminée, et cela depuis longtemps. Malheureusement, la mort récente de la journaliste Natalia Iestemirova , une proche d’Anna Politkovskaïa, nous rappelle, hélas !une fois de plus, que cette guerre est loin d’être terminée. Les ONG, telle que l’ONG Russe Mémorial, continuent de dénoncer et de tirer la sonnette d’alarme sur le drame vécu par le peuple Tchétchène - depuis le début de la seconde guerre de Tchétchénie en 1999. On ne peut que déplorer le fait que ces ONG ne soient pas secondées dans leurs efforts pour alerter l’ « opinion internationale » et dans leur volonté de mobiliser les consciences des femmes et des hommes à travers le monde.

 

Il est aussi regrettable de constater que la communauté musulmane, notamment celle d’Europe, manifeste à l’égard de cette guerre un désintérêt des plus ahurissants. Pire encore, le drame de la Tchétchénie est absent, contrairement à d’autres conflits, des discours, des écrits, des rencontres de nos intellectuels musulmans d’Europe. 

 Ainsi, en cas de conflits dans ces parties du monde - éloignées des pays d’origines de la majorité des musulmans vivant en Europe- nos intellectuels ne déploient pas, ne déploient jamais, la même énergie pour mobiliser, pour appeler aux dons, à l’action en faveur de ces populations. On peut légitimement se poser la question de savoir : si les réactions, de nos intellectuels, ne seraient pas proportionnelles à la distance –géographique ou autre ? 

Selon Soljenitsyne, dans les conflits et les malheurs qui touchent l’humanité, la tâche de l’intellectuel est d’orienter, de savoir orienter l’énergie, l’intelligence et l’intérêt des hommes vers ce qui est « le plus terrible », et non pas vers ce qui est le plus proche ou le plus familier. 

On peut se demander : que peut l’intellectuel, que peut la littérature contre la ruée sauvage de la violence ? L’écrivain Russe répond en affirmant que : " la violence ne vit pas seule, qu'elle est incapable de vivre seule : elle est intimement associée, par le plus étroit des liens naturels, au mensonge. La violence trouve son seul refuge dans le mensonge, et le mensonge son seul soutien dans la violence. Tout homme qui a choisi la violence comme moyen doit inexorablement choisir le mensonge comme règle ".

Pour Soljenitsyne, l’intellectuel doit montrer au monde la vacuité sur laquelle est bâtie le mensonge. Le mensonge peut résister à beaucoup de choses. Mais pas à sa propre vacuité. 

Le souci de l'autre 

 

(...) Nous ne pouvons que regretter l’insensibilité de nos intellectuels musulmans quant à la guerre de Tchétchénie. Car, nous pensons que la vocation de ces derniers est de vivre et de faire vivre les principes de la révélation islamique. On ne peut admettre d’eux qu’ils s’enferment dans des visions réduites du monde –et donc de l’humain-, ou qu’ils se laissent emporter et guider par les spéculations anémisantes et sans lendemain. On ne peut accepter d’eux qu’ils se cantonnent à un travail purement théorique sur les principes islamiques sans les mettre en pratique et donc de proposer des modalités pratiques d’application de ces principes. C’est à eux, en partie, de rappeler à la masse l’idéal coranique de justice, d’indiquer la portée universelle du message de l’islam, de revitaliser l’esprit des principes éthiques de l’islam. C’est à eux, en partie, de nous rappeler et de cultiver dans la conscience musulmane ce « souci de l’autre ».

On attribue au prophète  le hadith selon lequel  "n’est pas croyant celui qui dort rassasié tandis que son voisin a faim "  ; ce hadith ne nous appelle t-il pas à développer en nous le sens et le souci de l’autre ? Que signifie son voisin  ? Est-ce uniquement une question de positionnement géographique ? S’agit-il uniquement de son voisin de palier ? Du village ? N’est-ce pas aussi la proximité dans la foi ?…

Nous osons donc espérer que nos intellectuels sauront, dans l’avenir, conscientiser, mobiliser et diriger les énergies de la masse musulmane d’Europe pour que la guerre de Tchétchénie, l’humiliation chronique du peuple Tchétchène, puisse faire partie de nos combats pour la justice. Poursuivre le combat d’Anna Politkovskaïa, des ONG et autres, doit être inscrite dans le chapitre des engagements de nos intellectuels pour la justice. Ces ONG et ces militants locaux, qui, malgré la solitude et l’âpreté continuent d’interpeller les consciences et continuent d’espérer que nous leur tendrons l’oreille un jour, méritent aussi notre attention et notre engagement. Nous espérons que nos intellectuels sauront donner sens à cette phrase, célèbre, de Térence : "je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ".

 

 

Source: saphirnews.com


 

 

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