21.08.2009

Halhin Gol, une bataille oubliée aux conséquences incalculables

C'était il y a 70 ans et à part les férus d'histoire, personne en France n'a entendu prononcer ce nom guttural. Halhin Gol, cette victoire soviétiques sur les japonais aux confins de la Mongolie a eu des répercussions incalculabes sur le déroulement de la Seconde guerre mondiale, mais à l'époque personne en France n'en a entendu parler et pour cause. L'actualité d'août 1939 était déjà chargée en Europe. Pourtant,  le sort des armes y eut été différent que notre sort à tous eut été probablement changé. A ce titre Halhin Gol est un "what if ", comme on dit Outre-Manche, les plus passionants de l'histoire contemporaine.

Pour comprendre le contexte de cette bataille, il faut savoir qu'à l'époque, le gouvernement japonais oscille entre une tendance expansionniste maritime et une autre continentale, qui  à cemoment les faveurs de Tokyo. Sur la  frontière mongole, les incidents armés se multiplient entre nippons et soviétiques. L'URSS ne pourra mener un conflit simultané à l'est et à l'ouest et ça Staline le sait.
Staline devant se tranquiliser à l'ouest, discute avec l'Allemagne. A l'est, pragmatisme oblige,  il soutient largement¨le nationaliste chinois Tchang-Kaï-Tchek en guerre contre les japonais plutôt que le communiste Mao Tsé Toung lui prodiguant argent et conseillers militaires histoire de fixer un maximum de troupes nipponnes en Chine...
Tokyo, de son bord, doit, coûte que coûte, torpiller les pourparlers germano-soviétiques et attirer Hitler dans son camp: sans l'Allemagne nazie, aucune expansion japonaise vers la Sibérie et ses richesses n'est possible, car à Tokyo, certains sont partisans d'en découdre avec l'U.R.S.S.

L'accroissement des effectifs de l'armée du Kwangtoung, renforce la méfiance des Soviétiques, qui réagissent par l'occupation du Xinjiang en 1934, avec l'accord de Tchang Kaï-Chek. La Mongolie est pourvue de nouvelles voies de communications, l'armée de Sibérie est complétée par des renforts européens et mise au pas lors des Grandes Purges de 1936-1938. La Sibérie est transformée en camp retranché : les taux de répression y sont quatre à cinq fois supérieurs à la moyenne nationale, les goulags se multiplient, les populations frontalières susceptibles de collaborer avec les Japonais sont déportées, l'administration locale est soumise. Les incidents de frontière se multiplient et tournent en vraie batailles rangées en 1938, puis le calme revient en août de la même année.

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En avril 1939, devant le risque d'un accord de plus en plus probable entre Hitler et Staline, l'Empereur autorise ses généraux à entreprendre une action limitée en Mongolie Extérieure. Il s'agit de dissuader le Führer de traiter avec Moscou : Hiro-Hito charge son ambassadeur à Berlin, Oshima, de présenter cette incursion comme une action destinée à retenir les forces soviétiques en Asie pendant que l'armée allemande envahira la Pologne.

L'assaut japonais

Le 28 mai 1939, 6.000 japonais attaquent les positions soviétiques au village de Nomonhan, situé sur le Halhin Gol, rivière marquant la frontière entre la Mongolie et la Mandchourie. Les soviétiques se retirent. Les commandants japonais des 23e et 6e divisions y voient un avantage à exploiter...
60.000 soldats nippons se massent alors, près à fondre sur la jeune République Mongole, satellite de l’URSS et attaquer la ligne du transsibérien.

Staline nomme le général Joukov au poste de commandant des forces soviéto-mongoles. Celui ci, tout en bloquant les incursions nipponnes, arrivera à assembler et équiper une armée de 80.000 hommes. Ce n’était pas un mince exploit. L’année précédente, les Japonais avaient achevé de construire une voie ferrée arrivant à quelques kilomètres de la frontière ; mais la tête de ligne la plus proche, base de ravitaillement du premier groupe d’armées soviétique nouvellement créé, en était distante de 650 kilomètres. Or, l’offensive future de Joukov nécessitait l’acheminement, sur les pistes rudimentaires de Mongolie, de 55 000 tonnes de ravitaillement dont 18 000 tonnes de munitions d’artillerie...

Les camions étaient à bout de souffle et leurs conducteurs, surmenés, étaient accablés par la chaleur lourde de la fin d’été et par les tempêtes de sables dévastatrices de l’Asie centrale. La pénurie de camions était telle qu’on devait utiliser parfois les tracteurs d’artillerie pour les transports de ravitaillement.

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Mais Joukov avait son plan. Puisque les Japonais avaient tenté une vaste manoeuvre d’encerclement, on allait leur offrir un cours de tactique. Il organisa ses nouvelles forces en trois groupements : nord, sud et centre, et déploya sur les ailes des unités blindées rapides et disponible
en permanence. Il serait prêt le 20 août, quatre jours avant l’ennemi.

Une contre-attaque foudroyante

Le dimanche 20 août, à l’insu des Japonais, 35 bataillons d’infanterie, 20 escadrons de cavalerie, 498 chars, 346 véhicules blindés et 502 canons de tous calibres attendaient en silence l’heure H.Pour les Japonais, le signe avant-coureur de la tempête fut, à 5 h 45, un raid aérien de saturation, fort de 150 bombardiers escortés par 100 chasseurs. Ce raid frappa les lignes avancées et les positions d’artillerie. Avant que les Japonais, abasourdis, aient pu se ressaisir, les 250 canons et mortiers lourds de Joukov ouvrirent le feu sur leurs concentrations de troupes en réserve. A 8 h 45, l’infanterie partit à la charge en hurlant, derrière les chars. Sur toute la largeur du front, les vagues d’assaut russes enfoncèrent les lignes japonaises. Leurs défenseurs étaient moralement et physiquement brisés par les trois heures de bombardement : l’artillerie soviétique disposait de pièces plus nombreuses et de plus de munitions que l’adversaire.

Les Japonais ne se laissèrent cependant pas abattre. Sur un certain point du front, l’attaque de leurs fortifications par une division russe assez peu aguerrie se solda par un échec sanglant. Cette division, probablement la 82e d’infanterie venue de l’Oural, se trouva clouée sur place par un feu nourri et son chef demanda de nouveaux ordres à Joukov. Joukov lui enjoignit de poursuivre l’attaque. Comme le commandant de la division mettait en doute la possibilité de le faire, Joukov le releva de son commandement au profit du chef d’état-major de la division. Ce dernier tenta de se conformer aux ordres, mais sans succès. Joukov dépêcha alors un officier de son propre état-major. Après avoir réorganisé son artillerie et reçu l’appui de l’aviation, ce dernier réussit la percée au prix de pertes effroyables.

Le groupement sud de Joukov eut plus de chance. De puissants éléments blindés, comprenant un groupe de canons automouvants et une compagnie de chars armés de lance-flammes, effectuèrent un mouvement tournant autour du flanc gauche. Le 21 août, ils se trouvaient sur des positions solides, derrière les forces japonaises qui opéraient au sud du Hailastyn-Gol, un affluent orienté est-ouest du Halhin-Gol. Deux jours plus tard, le groupement nord, appuyé par la 212e brigade aéroportée, qui formait la réserve de Joukov, se fraya un chemin à travers les hauteurs de Palets à la rencontre du groupement sud. La jonction effectuée, l’ennemi se trouva encerclé. Les combats ne diminuèrent pas d’intensité pour autant.

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Terrés dans leurs abris, les Japonais devaient en être délogés au lance-flammes. et bien rares furent les redditions. Mais du côté soviétique, la détermination n’était pas moins sauvage. 600 morts tombés dans des corps à corps farouches, ce fut le tribut à payer pour la neutralisation des abris enterrés de la zone de Palets, lors de la phase finale de l’encerclement.

Le 31 août au matin, tous les Japonais encore présents en territoire mongol étaient morts ou prisonniers. Sur les 60.000 hommes pris dans la nasse, 50.000 furent par la suite déclarés morts, blessés ou disparus. La 23e division, formée de vétérans, subit 99 % de pertes. Quant aux Russes, ils reconnurent 10 000 tués et blessés pour l’ensemble de la campagne, chiffre qui semble considérablement inférieur à la vérité. L’aviation japonaise, malgré son infériorité numérique, prétendit avoir abattu 1200 avions soviétiques (les Russes réclamant 660 victoires pour leur part) en quatre mois d’hostilités. Mais à cette époque, l’appui aérien rapproché immédiat était encore dans les limbes, et l’intervention de l’aviation n’eut pas une influence décisive sur le cours des opérations au sol.

Ce jour-là, le dernier du mois d’août, les tankistes exténués et crasseux de Joukov pouvaient regarder vers l’est au-delà de cette frontière enfin reconquise, en attendant l’ordre de la franchir. Du côté de l’armée du Kwangtoung, c’était la panique. L’état-major japonais faisait le vide dans les dépôts de Mandchourie pour reconstituer des unités à opposer à ce qui semblait devoir être un raz de marée soviétique.

Les japonais renoncent à la Sibérie

L’ordre d’attaque ne vint jamais. En cette fin d’été  1939, Moscou et le monde avaient d’autres préoccupations, plus urgentes. Le jour même où les troupes de Joukov se rejoignaient derrière les lignes japonaises, Staline et Hitler publiaient le pacte de non-agression. Le dictateur soviétique croyait - avec une naïveté inhabituelle - avoir ainsi gagné le temps nécessaire pour préparer son pays à la guerre. Hitler a laché le Japon qui, comprenant qu'il y perdrait beaucoup, se détourne de la Sibérie.

Militairement parlant, la bataille du Halhin Gol a mis en lumière les forces et faiblesses des deux armées. Si les Soviétiques ont réussi à maintenir leurs intentions secrètes, s'ils ont profité de leurs ressources en équipements, et s'ils ont su s'adapter à la nature de leur adversaire ainsi que la topographie du terrain, leurs forces ont connu quelques dysfonctionnements, du moins en juillet : défaut de coordination entre les différentes unités, et surtout entre les avions et les troupes au sol, manque d'initiative à l'échelon local. Encore ces défauts ont-ils été relativement effacés lors de l'offensive du 20 août. Cet engagement est aussi la première victoire d'un jeune général soviétique promis à un brillant avenir, Georgui Konstantinovich Joukov.

Quant aux Japonais, la bataille a démontré de manière flagrante l'insuffisance du matériel, ainsi que l'esprit borné des officiers sur le terrain, obsédés par l'idée d'une contre-offensive et incapables d'organiser une défense conséquente. Cela étant, le soldat japonais a fait la preuve de son immense bravoure, résistant dans la plupart des cas jusqu'à la mort malgré l'afflux de troupes soviétiques. On retrouvera ce même comportement lors de la guerre du Pacifique.

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On ne saurait sous-estimer l'impact de la défaite japonaise du Halhin Gol sur la politique de Tokyo. Désormais, le Japon se tournera vers le Sud, vers la Malaisie, Singapour l'Indonésie et les îles du Pacifique. Même lorsque Hitler attaquera l'URSS le 22 juin 1941, les Japonais refuseront d'intervenir en Sibérie. La signature du pacte Molotov-Ribbentrop du 22 août 1939 y est aussi pour quelque chose. Le Japon s'est alors senti lâché par l'allié allemand, ce qui a failli remettre en cause le pacte anti-Komintern de 1936. Et le pacte tripartite signé entre la Japon l'Italie et l'Allemagne le 27 septembre 1940 n'y changera pas grand-chose.

Une bataille oubliée dans dans les steppes mongoles avait changé le cours de la Seconde guerre mondiale...
 

 

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Commentaires

Bonjour ,
La ( future ) bataille du Halhin Gol a été décrite dés 1937 par Piotr ( Pierre ) Pavlenko dans " En Orient " et " Les avions rouges s'élancent vers l'Est " et dans de nombreux livres de propagande Japonais .
La presse Française de 1937 , " Les annales politiques et literraires " , évoque cette " guerre litéraire " à distance que de part et d'autre on considérait comme une " deuxième manche " de la guerre Russo-Japonaise de 1904-1905 .
Gregory Bienstock évoque cette hypothése dans " La lutte pour le Pacifique" ( 1936 )
La télévision Russe RTR Planeta , version internationale de Kanal Rossiya ,a diffusé une émission sur ceconflit la semaine dernière .
Quelques précisions tirées des " Annales " et de cette émission :
- Contrairement au livre de Pavlenko ou l'URSS entière avait ses oreilles collées aux postes de radio , les combats en Sibérie n'ont été révélés aux Soviétiques qu'APRES leur fin .
- Les forces Soviétiques en Sibérie comprenaient des Mongols , et on a vu le président Dmitri Medvedev déposer une gerbe en compagnie d'un militaire Mongol en tenue " Gengiskhanienne " lors de sa dernière visite en Mongolie il y a deux ou trois semaines sur un monument honnorant les deux armées , mais aussi une proportion significative ( parfois 2 hommes sur 3 dans certaines unités ) de Coréens chassés par l'annexion Japonaise .
- Les militaires Soviétiques prisonniers des Japonais ont été mis à la retraite mais il n'y a eu aucune sanctions contre eux .
- Certains militaires Japonais prisonniers , dont des officiers , ont préféré rester en URSS plutôt que de retourner au Japon .
- Discutant avec Ribentropp , l'ambassadeur Japonais aurait declaré sur le refus Japonais d'entrer en guerre contre l'URSS .
" Au Hassan (bataille précédente ) , nous avons reçu des Russes une éducation militaire élémentaire .
Au Halhin Gol , ils nous ont fourni une éducation secondaire .
Nous n'avions nullement l'intention d'entreprendre des études universitaires avec eux "

Comme vous le soulignez dans votre article l'Armée Impériale Japonaise était divisée en clans , preanant leurs racines dans le Japon médieval .
Les deux " maisons " les plus importantes était les Sho-Chu et les Satsuma .
Les Sho-Shu avaient un mythe fondateur , qui se retrouvait dans la société secrête " La Société de l'Amour " ou " Société du Dragon Noir " , selon lequel le peuple Japonais était originaire de Sibérie .
http://en.wikipedia.org/wiki/Black_Dragon_Society
http://www.fortunecity.com/tattooine/leiber/50/bds1.htm
Ils étaient trés influents dans l'Armée de Terre dont l'armée du Kwantung même si celle ci était un " clan " sui-generis .(On pourrait écrire des pages sur cette armée , ses liens avec le complexe militaro-industriel Japonais )
Les Satsuma , trés influents dans la Marine Impériale Japonaise , avaient pour mythe fondateur un peuple Japonais originaire des îles du Pacifique .
http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Shimazu
Le GROS problème pour l'armée de terre , orientée vers une conquête de la Sibérie , c'est qu'elle dépendait de la Marine Impériale Japonaise pour ses ravitaillements et ses communications avec le Japon et finalement le clan Satsuma et sa vision d'une " expansion vers le Pacifique " et ses ressources ( Pétrole des Indes Néerlandaises , caoutchouc , ....... ) a prévalu au sein de l'Etat Major Impérial et d' Hiro Hito .
Il faut aussi noter que le gouvernement Polonais a collaboré ( et inversement ) avec le gouvernement Japonais , contre l'URSS , durant la période 1930-1935 comme viennent de le révéler les archives du SVR récemment publiées . Ce fait était connu de l'OSS aprés la guerre comme l'ont révélé les archives déclassifiées de la CIA .
Il faut aussi signaler le rôle et l'action de " Sorge " qui semble avoir été proche du prince Konoye , sans l'intermediaire de Ozaki Hozumi , selon le chef des Sr de Mac Arthur aprés la guerre , Willoughby ( La conspiration de Shangaï - Librairie Plon - 1953 )
http://www.amazon.com/dp/B000X1289W
Enfin , pour être ( presque ) complet , de nombreux prisonniers Anglo-Saxons , dont le général Mayhew Wainwright capturé à Bataan , ont été libérés par l'Armée Rouge en Mandchourie en 1945 .
http://en.rian.ru/analysis/20050905/41306298.html
Cordialement
Daniel BESSON

Ecrit par : DanielB | 20.09.2009

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